Trois escapades printanières en Amérique latine

Direction le Pérou, le Brésil et le Guatemala : Et si le meilleur moyen de conjurer l’hiver et ses affres était de penser au prochain printemps ? Pour célébrer comme il se doit le retour des beaux jours et d’une saison pleine de promesses, voici trois idées de voyage en Amérique latine et, avec elles, trois manières de découvrir sa culture et son histoire.

 

Ilha Grande (© Claus Bunks sur Wikipedia)

 

Le Pérou, pour les trésors archéologiques du nord du pays

Si le sud du Pérou est bien connu des voyageurs, toujours plus nombreux à découvrir le Machu Picchu et Cusco, le nord du pays a lui aussi de beaux trésors à dévoiler à ceux qui s’y attardent. Les amateurs d’histoire et de cultures précolombiennes seront tout spécialement conquis par la région, qui abrite de spectaculaires sites archéologiques. On parle d’ailleurs d’un « Machu Picchu du nord » à propos de l’imposante forteresse de Kuelap, située dans la région d’Amazonas et perchée à 3 000 mètres d’altitude dans la cordillère des Andes. On la doit à la civilisation pré-inca des Chachapoyas, qui l’édifia au Xe siècle. Pour accéder à ce site époustouflant, derrière la grande muraille duquel on trouve près de 500 maisons circulaires en pierre, on peut désormais emprunter une télécabine.

En prenant la direction du nord-ouest et du littoral, il est possible de coupler plaisirs balnéaires et découvertes historiques.
On peut ainsi rejoindre la côte en traversant la région de Cajamarca, terre chargée d’histoire où périclita l’empire inca, sans manquer d’y visiter
le site archéologique de Cumbemayo et la nécropole d’Otuzco (Ventanillas de Otuzco), avant d’aller admirer la mer depuis les belles plages encore méconnues de Mancora, dans la région de Piura. Ici comme dans l’authentique station balnéaire de Pimentel, plus au sud dans la région de Lambayeque, on observe l’étonnant ballet des pêcheurs-surfeurs dans leurs embarcations traditionnelles en roseau, caballitos de totora, mises au
point bien avant l’arrivée des Européens et dont la conception reste depuis inchangée.

 

Caballitos de Totora, plage de Huanchaco à Trujillo (© Melissa

 

Thereliz)Ventanillas de Otuzco (© Cesar A. Delgado sur Wikimedia Commons)

 

Toute cette zone de la côte nord, qui s’étend de Chiclayo jusqu’à la région de La Libertad, concentre plusieurs sites archéologiques majeurs dont il est
impossible de synthétiser la richesse. Parmi les plus incontournables figurent toutefois le site archéologique de Sipán, Huaca Rajada, où se trouve la tombe d’un seigneur mochica aux restes intacts et le Musée des tombes royales de Sipán, qui expose les ossements,
bijoux et céramiques qui y ont été trouvés, mais aussi la Vallée des Pyramides de Túcume, connue pour ses 26 pyramides d’adobe. Les visiteurs en quête d’un Pérou millénaire ne sauraient également manquer la citadelle de Chan Chan, plus grande ville bâtie en terre
de l’Amérique préhispanique qui fut la capitale du royaume Chimú, Huaca du Soleil et Huaca de la Lune, qui permet d’appréhender la sophistication de la civilisation des Moches, ou encore la Dame de Cao, momie de la culture Moche couverte de cinabre découverte en 2006, et exposée depuis dans un musée local.

 

Chan Chan (© Véronique Debord Lazaro sur FlickR)

 

Le Brésil, pour la petite ville coloniale de Paraty et sa baie

Le 5 juillet 2019, le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, réuni à Bakou, inscrivait 5 nouveaux lieux sur sa prestigieuse liste. Parmi eux, un seul site mixte, distingué à la fois pour sa culture et sa biodiversité :
Paraty et Ilha Grande. Pour qui a déjà posé ses valises à Paraty, quelques jours ou plus longuement, cette reconnaissance internationale n’a rien d’étonnant. Non seulement la ville est un joyau de l’époque coloniale qui a su préserver son architecture lusitanienne typique et son plan urbain, particulièrement ingénieux pour l’époque, mais ses abords maritimes baignés par l’océan Atlantique sont tout aussi magiques. Sa baie est en effet ponctuée de criques désertes et d’îles à la végétation luxuriante, dont le littoral souvent accidenté dissimule des plages paradisiaques aux eaux cristallines.

À la fin du XVIIe siècle, Paraty constituait le point d’arrivée de la Route de l’Or (Caminho do Ouro), le long de laquelle étaient acheminés pierres et or, depuis le Minas Gerais, pour rejoindre l’Europe par bateau. Située à mi-chemin de Rio et São Paulo, au pied d’une forêt tropicale qui semble plonger vers la mer, la ville est aujourd’hui un haut lieu du tourisme historique qui séduit par sa beauté architecturale autant que par son ambiance bohème. Ses vieilles ruelles pavées, héritées du plan urbain imaginé par les colons au XVIIIe siècle, sont nettoyées par la mer lors des marées montantes.
Leurs hauts trottoirs sont bordés de maisonnettes basses dont les portes et volets colorés font le bonheur des photographes.
La balade dans ce décor préservé, d’où émergent de belles églises, s’achève généralement autour d’une cachaça dans les sympathiques bars et restaurants de la ville.

 


Rue de Paraty (© Florian Höfer sur Wikimedia Commons)

 

Côté mer, Paraty continue de dévoiler ses merveilles. Sa baie abrite une cinquantaine de plages, une remarquable faune marine et
pas moins de 65 îles dont la plus grande, Ilha Grande, est une zone protégée dont le territoire est presque entièrement inclus dans le Parc national d’Ilha Grande. Ni voitures, ni constructions, ni même pêche : tout y est fait pour l’épanouissement de la faune et de la flore ! Comme dans toute la région, les randonneurs y ont à disposition des dizaines de kilomètres de sentiers pour renouer avec une nature intacte et profiter des
paysages grandioses. Les îles avoisinantes n’ont pas la même renommée mais affichent le même souci de développement responsable, et des caractéristiques géographiques semblables : végétation dense, plages désertes et eaux translucides.

 

Praia da Feiticeira, Ilha Grande (© Valdiney Pimenta sur Wikipedia)

 

Le Guatemala, pour la ferveur unique de la Semaine sainte

La Semaine sainte, à laquelle la COTAL a consacré une précédente newsletter, est une tradition très ancrée en Amérique latine. Du dimanche des Rameaux à la Veillée pascale, le continent, qui rassemble à lui seul près de 40 % de la population catholique mondiale – soit plus de 400 millions de personnes – vit au rythme des messes et des processions, dont la forme et l’intensité varient d’un ville ou d’un village à l’autre.
Ces célébrations sont particulièrement ferventes au Guatemala, où elles ont la particularité de
mêler rites catholiques et croyances mayas ancestrales. Plus qu’ailleurs, le catholicisme hérité des Espagnols et des Portugais fusionne ici avec les croyances locales, donnant lieu à de magnifiques festivités. Les plus belles se déroulent à Antigua, cité coloniale située au centre du pays et perchée à 1 500 mètres d’altitude, au cœur des volcans du Sacatepéquez.

Les ruelles pavées de la ville voient affluer croyants et visiteurs à l’occasion de cette fête majeure du calendrier chrétien, intense comme nulle part ailleurs. Le Jeudi saint et le Vendredi saint, qui plongent Antigua dans une atmosphère à la fois pieuse et festive, sont un temps fort pour les habitants comme pour les touristes, transportés par la ferveur incomparable. Le mercredi qui précède, habitants et artisans investissent la ville pour parer ses rues de multiples alfombras, tapis éphémères de sciures multicolores, de fleurs et d’herbes, dont la longueur
peut atteindre dix mètres. Le tout composé de véritables œuvres d’art, réalisées dans une grande minutie et représentant tour à tour scènes religieuses ou motifs géométriques.

 


Préparation d’alfombras à Antigua (© Erik Albers sur Wikimedia Commons)

 

À l’occasion du Jeudi saint, les pèlerins arpentent par milliers ces œuvres végétales, typiques d’Antigua. Le lendemain, la foule se fait encore plus
dense pour assister dès l’aurore aux premières processions, lesquelles vont se succéder toute la journée dans une incroyable mosaïque de costumes traditionnels, de statues et d’imposants crucifix. Partout dans le pays, les festivités battent ainsi leur plein. Écoles, administrations et commerces sont fermés pour permettre à tous de prendre part à ce spectaculaire moment de communion, qui s’achève avec Pâques. Les voyageurs ébahis peuvent alors reprendre le cours de leur escapade en profitant de tout ce que le Guatemala a à offrir, entre vestiges mayas, paysages volcaniques et marchés animés pleins de couleurs et de saveurs.

 


La Semaine sainte à Antigua en 2009 (© Jialiang Gao sur Wikimedia Commons)

 

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Saison de renouveau, le printemps fait revivre la nature et fleurir les envies. C’est le moment idéal pour concrétiser ses projets d’évasion
et partir à la découverte de territoires magiques, mythiques et mystiques, comme seule l’Amérique latine en concentre. Villes d’histoire, terres de culte ou tout simplement lieux d’émerveillement… Pour mettre à l’honneur ces sites d’exception qui se prêtent au voyage, nous déclinerons régulièrement ces suggestions d’escapades au gré des saisons, des temps forts et des actualités touristiques.